Monsieur le Président,

L’agglomération des territoires, c’est aussi l’agglomération des sensibilités politiques sans être la fusion des convictions qui nous mènerai droit vers la pensée unique.

Il est normal et sain que des points de vue divers s’expriment sur certains sujets, il est naturel parce que nos sensibilités politiques respectives nous amènent à regarder la construction de la société différemment, que nos analyses et les réponses qui en découlent ne correspondent pas forcément à ce que pense une majorité d’élus de la « grande agglo ». Pour être plus clair peut-être je dirai que ce soir nous sommes en train de couler les fondations de la demeure qui doit nous accueillir, sans pour autant être tous d’accord sur la forme architecturale et l’aménagement intérieur de l’édifice.

Mulhouse Alsace Agglomération

La construction intercommunale telle que nous l’avons vécue ces derniers mois ressemble à une alchimie, où les équilibres sont fragiles et toujours susceptibles d’être compromis. Nous entendons donc prendre notre place dans le débat, sous quelque forme que ce soit, pour apporter à travers notre sensibilité notre vision de ce que peut être l’intercommunalité ici dans le sud de l’Alsace.

Ainsi dès ce soir nous souhaitons vous faire part de notre réflexion sur certains sujets qui attendent des réponses claires et urgentes car les clignotants sociaux et économiques sont au rouge dans notre région.

Tout d’abord, nous souhaitons rappeler que la motivation principale ayant conduit à l’accélération du processus de constitution de la « grande agglomération » aura été le SITRAM qu il fallait impérativement refinancer. A priori cette épineuse question est provisoirement réglée, restent à évoquer maintenant celles des extensions du réseau TRAM.

La situation économique liée au commerce du centre ville de Mulhouse doit interpeller l’ensemble des élus de l’agglomération. C’est le premier exercice pratique, si j’ose dire, qui doit nous aider à dépasser notre vision purement communale de l’intercommunalité. La revitalisation du cœur de la ville centre doit être un enjeu porté sans défaillance par tous, et plusieurs mesures peuvent concourir à enrayer la situation dans un premier temps, à l’inverser si ces mesures s’avèrent pertinentes.

La première d’entre elles consiste à mettre en chantier rapidement les extensions du TRAM, vers le bassin potassique en priorité, vers Illzach d’un côté, le parc des collines et Cora Dornach en second lieu Notre vision du développement des territoires nous conduit également à formuler l’hypothèse du lancement des études de développement du TRAM TRAIN vers Guebwiller en utilisant une partie des voies désaffectées du bassin potassique. Reste en suspend la question de la desserte de l’hôpital qui nous parait indispensable, ainsi que la liaison avec l’aéroport.

Parallèlement, et toujours sur la question commerciale, nous appelons ce soir l’ensemble des élus à un moratoire sur l’implantation des grandes surfaces sur notre nouveau territoire. Il faut sur ce point un engagement clair et fort de tous sous peine de contribuer à la désertification commerciale du centre de Mulhouse. C’est un sujet sur lequel nous reviendrons autant de fois qu’il le faudra si nécessaire.

Troisième chantier : la politique du logement. « L’aide à la pierre » était gérée jusqu’à présent par la CAMSA sur son territoire, par le Conseil Général pour le restant du département et donc forcément pour les communes nouvelles adhérentes à la M2a. Sur un sujet aussi sensible, il y lieu d’harmoniser au plus vite les politiques de logement afin de prendre en compte les secteurs les plus fragiles, dont de nombreux quartiers mulhousiens en souffrance. Plusieurs grandes copropriétés en grande difficultés, un habitat privé dégradé supérieur à la moyenne de l’agglomération, des familles vivant dans des conditions précaires, imposent que la politique du logement devienne une priorité de l’agglomération.

Les services à la population. Nous devons rapidement combler les retards en la matière. Dans le domaine du périscolaire par exemple, alors que de nombreux chantiers ont été ouverts, il convient désormais de gommer les disparités territoriales en augmentant de façon significative l’offre sur Mulhouse qui est largement inférieure à la moyenne de l’agglomération, tout en instaurant une harmonisation des tarifs à l’échelle de l’agglo.

A propos du pôle ECOMUSEE-BIOSCOPE qui est évoqué dans le document unique, il s’agit sans doute d’un des dossiers sur lesquels existent les divergences les plus importantes. Il faut arrêter d’entraîner l’écomusée vers l’abîme du bioscope, et s’engager avec le département, et la Région vers une reconversion économique de ce site en tirant le meilleur parti des investissements effectués.

Installation Mulhouse Alsace Agglomération

Le devenir de la prison de Mulhouse. C’est sur le territoire de la nouvelle agglomération que la solution de la délocalisation de la prison doit être trouvée. A proximité d’une ligne de transports en commun, permettant facilement aux familles de s’y rendre, mais aussi à la justice et aux forces de l’ordre de travailler dans de bonnes conditions.

Le sport…même s’il ne relève que partiellement des compétences de la nouvelle agglo on pourrait considérer qu’il peut constituer un formidable outil de cohésion intercommunale en favorisant le développement de « l’esprit d’agglomération ». Il pourrait être intéressant de réfléchir la construction d’un projet fédérateur autour de la question sportive.

Deux points pour terminer : la gouvernance et le développement économique.

Parler d’armée mexicaine est un euphémisme, lorsqu’on regarde l’impressionnante liste des vice présidents. D’autre part la multiplication des strates de gouvernance, entre le bureau exécutif, le bureau, les commissions réunies, le conseil d’agglo et les commissions de travail, ne peut que nous laisser interrogateur sur la capacité des vive- présidents entre autre de pouvoir siéger efficacement dans l’ensemble de ces instances… (et toutes les structures intercommunales qui continuent à fonctionner parallèlement). La structuration de l’agglo est illisible pour le citoyen, et on peut rester perplexe sur son efficacité pour les élus communautaires.

Enfin le développement économique…il doit être plus lisible, et dépasser les grandes intentions. On a assisté ces dernières décennies à une métropolisation du développement économique qui a davantage profité aux communes de la périphérie qui accaparent l’essentiel de la croissance et des emplois, tout en offrant une fiscalité locale à des taux plus faibles que la ville centre. Les services publics sont en général plus limités, mais de meilleures qualité. On sait aussi que les populations les plus fragiles continuent à se concentrer dans la ville centre alors que la dynamique économique s’est déplacée vers la périphérie.

Nous appelons donc à compléter l’écriture du projet communautaire qui s’appuierait sur une analyse des territoires, de leurs forces et faiblesses, pour décliner concrètement certaines propositions, qui aujourd’hui n’apparaissent que comme des intentions. Cela nous paraîtrait être l’une des prochaines étapes à franchir ensemble, nous permettant alors de transformer les enjeux et intérêts individuels, en projet collectif.

Nous réussirions alors à agglomérer, ce qui peut apparaître aujourd’hui comme la réunion de fragments d’un territoire. Nous nous inscrivons dans ces perspectives là.

Pour conclure, j’aimerais sensibiliser les 194 élus communautaires sur notre rôle primordial dans la lutte contre le dérèglement climatique. Quand les négociations internationales sont dans l’impasse, l’échelon local devient primordial. La CAMSA a ouvert la voie avec le plan climat, mais nous devons encore aller plus loin et chacune de nos décisions doit se prendre au tamis de la question environnementale.

Bonne année à tous, et espérons que cette nouvelle instance nous permette d’avancer dans le respect de nos concitoyens et de notre environnement.